Construire des plateformes numériques publiques et communes comme alternative à l’« uberisation »

Salle du Conseil d’État, vue de l’estrade.

Ce qu’est l’uberisation

En premier lieu, il me semble important de constater qu’il s’agit d’un substantif. En employant ce terme, on élude la forme verbale. Or, cela évacue la question de la réflexivité : le verbe « uberiser » est-il réflexif ou actif ?

  1. La « disruption », quand on subit la numérisation d’une industrie.
  2. L’« intermédiation des indépendants », quand on subit l’arrivée de formes d’économie dite collaborative.
  3. La « plateformisation », quand on subit le basculement d’un modèle économique.

Référencement n’est pas intermédiation

Que fait concrètement un acteur qui « uberise » ? En premier lieu, il fournit une plateforme. Or, une stratégie de plateforme bien exécutée mène à une situation de monopole de manière axiomatique : on ne peut être une plateforme qu’en cherchant à être la plateforme sur laquelle toutes les transactions sont réalisées, car le modèle d’affaires d’une plateforme numérique est de capturer une petite partie de la valeur générée par chaque transaction. Augmenter la rentabilité de cette capture passe par augmenter le nombre de transactions.

Plateforme n’est pas (forcément) prédation

Banderole « Stop à l’exploitation des applications », manifestation des chauffeurs de VTC du 16 janvier 2017 place de la Bastille.
Banderole « Uber évasion fiscale », manifestation des chauffeurs de VTC du 16 janvier 2017 place de la Bastille.

Créer des plateformes publiques de référencement

Banderole « Les charges pour les chauffeurs, le bénéf aux start-ups », manifestation des chauffeurs de VTC du 16 janvier 2017 place de la Bastille.

Soutenir la création de plateformes coopératives

Banderole « Stop aux plateformes esclavagistes », manifestation des chauffeurs de VTC du 16 janvier 2017 place de la Bastille.

TL;DR : Innovation publique contre innovation mortifère

Ce qu’on appelle « uberisation » n’est donc finalement qu’une nouvelle incarnation des tendances de financiarisation, de précarisation et d’exploitation à l’œuvre depuis des décennies. Ne nous arrêtons pas à leur outillage par le numérique et de nouveaux modèles économiques, qui ne fournissent que de nouveaux moyens. Les techniques qui rendent possible ces innovations mortifères peuvent être utilisées au service de l’intérêt général, et l’action publique a un rôle crucial à jouer en ce sens.

La suite

Dans cette visée, la prochaine innovation à faire advenir se trouve dans le soutien aux plateformes permettant des échanges non-financiers de pair à pair. Car quel meilleur moyen d’éviter la prédation d’un intermédiaire peut-on imaginer que de rendre atomique la transaction intermédiée ? On ne peut pas prélever 30 % d’un trajet effectué par un conducteur s’il n’est offert qu’en échange d’un trajet futur effectué en tant que passager. Le modèle économique d’une telle plateforme devra donc nécessairement être différent, par exemple celui d’une cotisation fixe pour accéder au service… cette nouvelle forme d’échange sera à son tour probablement nommée d’après une plateforme au succès mondial. Et peut-être que cette fois, un acteur public français pourra s’enorgueillir d’en être partenaire plutôt que contrôleur ? 😉

EDIT 07/01/2019 : Deux ans plus tard

  • « Dès 2019, nous taxerons les géants du numérique, de préférence au niveau européen, à défaut au niveau national. » — Bruno Le Maire, 6 décembre 2018
  • Mobicoop est une SCIC de mobilité partagée ouverte en décembre 2018 (anciennement CovoiturageLibre), dont toute personne de nationalité française peut devenir membre coopérateur.

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Ingénieur transdisciplinaire nomade. Services publics numériques @OpenFisca. Lead @AgileFrance. Ex Core @BetaGouv @MesAides @GovtNZ. Compte 🇫🇷 de @matti_sg.

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Matti Schneider (FR)

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